vincent le texier
reflets

Pourquoi photographie-t-on? Pourquoi je photographie ces lieux, dans ces lieux, où le hasard de mes engagements me dépose? Pour me souvenir d’endroits où peut-être je ne reviendrai jamais? Oui, pour le souvenir, pour me rappeler ces villes et les comprendre mieux? Oui sans doute mais plus encore je crois pour continuer à être un peintre, ce vers quoi j’étais d’abord allé avant de choisir la musique et le chant, et qui me manque ou plutôt qui est toujours extrêmement présent en moi et a besoin de s’exprimer d’une manière ou d’une autre. Moins reporter, témoigner, que faire de la peinture en image, prendre ce qui s’offre à mes yeux comme matériau à la place des couleurs, cadrer, extirper du réel un détail qui devient autonome, se suffit à lui même, chercher l’à-côté ou l’en-dedans d’une vision superficielle ou touristique. Aussi : nourrir ma fascination pour la beauté des choses qui ont vécu, qui se sont transformées, qui sont le résultat non pas d’une action simple mais d’une multitude d’actions conjuguées : le temps, les éléments, l’action de l’homme, le hasard, comment la beauté vient presqu’immanquablement à toute chose qui a vécu, une feuille écrasée sur le goudron d’une rue, le flanc madré d’un vieux wagon de marchandise, la vitrine poussiéreuse d’une société de pêche lübeckoise ou d’un tailleur de marbre vénitien, tout cela dont la beauté ne vient pas de l’ordre et de la perfection mais bien de leur contraire, fruit du temps et du hasard, d’une logique cachée qui désarçonne le besoin humain de toujours tout comprendre. Le mystère d’une beauté qui ne serait pas uniquement le résultat d’une volonté mais où chacun peut, sous les apparences et loin de la perfection des objets technologiques qui de moins en moins savent vieillir (mais même eux, un jour – il faudra simplement plus de temps...- même eux acquerront cette beauté différente, s’ils existent assez longtemps), où chacun peut savourer ces trésors humbles et silencieux, qui se contentent d’être là, sans élever la voix ni chercher particulièrement à ce qu’on les remarque...

Lübeck - 2006
Stuttgart - 2006
Venezia - 2005